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Ce que j’avais pris pour un roman est en fait un recueil de nouvelles indépendantes… ou presque.
En effet, à chaque nouvelle son héros, son intrique et son décor, mais sur une toile de fond commune : un monde déchiré par une guerre millénaire dont les origines sont depuis longtemps oubliées, ce qui la rend d’autant plus absurde. Cette guerre oppose deux continents séparés par une zone neutre : un archipel composé de multiples îles aussi différentes les unes que les autres, un territoire qui suscite bien des fantasmes et les comble… ou pas. A chaque nouvelle, on redirige le projecteur sur un épisode plus ou moins long de la vie d’un homme ou d’une femme, tantôt sur un continent, tantôt sur les îles.
Chaque nouvelle est aussi et surtout un témoignage intime des désirs et des attentes du héros. Et on découvre qu’outre la présence plus ou moins discrète de la guerre, les personnages ont en commun un sentiment de frustration propre à l’humain empli d’illusions, d’incertitudes et de désirs insatisfaits. Et bien parlons de cette frustration !
A n’en pas douter, Priest est un auteur de talent car il parvient sans difficulté à nous faire partager les sentiments et les sensations de ses personnages de sorte que, comme eux, on voyage dans le réel et dans l’imaginaire ; comme eux, on fantasme devant le corps d’un homme ou d’une femme, on se surprend à croire à l’incroyable ; comme eux, on se retrouve seul face à nos doutes. Plus concrètement, j’ai ressenti le climat de chaque île, j’en ai apprécié (ou pas) les paysages, j’ai eu soif, j’ai été fébrile et… j’ai été frustrée.
Pas difficile de l’être quand les nouvelles se terminent en queue de poisson, que l’intrigue n’atteint jamais son climax et tombe à plat, vous laissant une impression d’inachevé. Alors, adeptes de Christopher Priest, je ne me permettrais pas de le descendre en flèche… Je n’ai probablement pas compris sa « construction intellectuelle »… Au mieux l’ai-je devinée. A moins, tout simplement qu’elle ne m’ait pas intéressée car quand je lis un livre, c’est pour rêver, pas pour me torturer les méninges.
par Gabrielle