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Les crééations de Gabrielle et Abigaelle

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1-2 Deirdre

La reine de Quercian terminait de s’apprêter dans sa somptueuse chambre du palais d’Adamante. Elizabeth, sa suivante, finissait de boucler un collier de rubis sur le cou d’albâtre de sa souveraine. Aujourd’hui était une journée importante pour le royaume de Nisset et la reine s’était parée de ses plus beaux atours afin de recevoir la délégation venue du désert.

 

Deirdre ne prit pas le temps de s’admirer et se releva brusquement, congédiant d’un simple geste de la main la jeune Elizabeth.

La première rencontre diplomatique avec ce peuple exilé mettait ses nerfs à rude épreuve. Elle avait foi en cette alliance et savait que les principaux conseillers de son Roi de mari étaient farouchement opposés à un rapprochement avec Djezebat ; ils voyaient d’un mauvais œil l’émergence d’un nouveau pouvoir au sud-est.

 

La reine, quant à elle, voyait là une opportunité de tisser de nouveaux liens commerciaux et préférait privilégier une approche pacifique plutôt que de vexer un peuple fier et risquer un jour de voir naître une nouvelle guerre.

Le royaume avait déjà reçu trois missives demandant au roi Conrad d’accepter de rencontrer une délégation, elles étaient restées sans réponse. La dernière avertissait Nisset de l’envoi d’un cortège diplomatique, plaçant ainsi le roi face à un ultimatum : soit il accueillait cette délégation et écoutait leur requête, soit les portes restaient closes et tout espoir d’une entente avec le peuple du désert serait mort.

 

Deirdre avait bien essayé de faire part de son point de vue à Conrad mais il avait une fois de plus refusé de l’écouter et lui avait désagréablement fait remarquer qu’elle n’était qu’une femme et que, par conséquent, elle n’entendait rien à la politique. Remise à sa place, Deirdre avait passé la nuit seule dans le lit royal, une fois de plus.

 

Le piaillement des oiseaux ne parvint pas à égayer l’humeur de la souveraine, elle se dirigea vers la fenêtre ouverte, bousculant au passage un petit guéridon de bois où était encore posé le verre de lait qu’elle n’avait pas réussi à boire. Quelques gouttes tombèrent tâchant le napperon d’une sombre auréole.

La reine n’y avait prêté aucune attention, trop occupée à vouloir deviner l’avenir. Ce n’était pas la première fois, ni la dernière, que Conrad De Quercian réagissait ainsi. Il avait un don pour oublier le nombre de fois où les bons conseils de son ignare d’épouse l’avaient sorti de l’embarras.

 

Les mains sur les hanches, coincée dans une posture crispée, elle observa l’horizon en se rappelant que ce n’était pas son rôle de conseiller le roi en matière diplomatique et qu’elle aurait souvent mieux fait de rester à sa place et de broder. Mais l’opiniâtreté de son époux à refuser tout contact avec les ambassadeurs du désert la mettait hors d’elle. Elle ne pouvait se retenir d’intervenir en leur faveur et se butait inlassablement aux récriminations de son souverain.

 

Le soleil était haut dans le ciel hivernal, il parvenait à peine à réchauffer les pavés blancs de la cour du château. Il faudrait encore attendre plusieurs semaines avant que les premières fleurs ne colorent le paysage et que les températures ne se radoucissent. D’ici là, l’envoyé du désert de Solembarat serait arrivé et peut être même reparti avec une piètre opinion du royaume si sa Royale Majesté ne faisait un petit effort. Quand Conrad et ses conseillers comprendraient-ils que le temps où les habitants du désert étaient de vulgaires rebuts de Nisset était révolu ? Cela faisait des siècles qu’ils n’avaient plus d’autorité sur cette partie du monde !

 

Et voilà que la frustration reprenait le dessus. Deirdre se détourna de la fenêtre d’un mouvement irrité et délaissa sa chambre pour les couloirs du palais. La demeure des De Quercian était à l’image de leur royaume : ancien, opulent mais centré sur lui-même. Les tapisseries qui ornaient les murs représentaient la gloire des grands rois de jadis ; en haut de l’escalier qui conduisait aux appartements royaux, un ode à la victoire du roi Berion sur son suzerain, dans le grand hall, la représentation d’une scène de chasse mythique où le père du Roi Conrad avait abattu seul le plus gros ours jamais vu sur ces terres. Deirdre marchait sans plus les voir, les avait-elle même regardées un jour ?

Sa robe de velours vert d’eau ondulait à chacun de ses pas. Elle ne tarda pas à arriver dans son petit salon, elle s’installa dans l’un des fauteuils et appela sa suivante d’un simple tintement de cloche. Elizabeth ne tarda pas à faire son apparition dans sa robe grise, ses cheveux châtains noués en chignon.

- Faites moi prévenir dès que l’ambassadeur de Solembarat sera aux portes de la ville, demanda Deirdre sans ambages.

 

- Bien votre majesté.

 

La jeune femme se courba de nouveau en quittant la pièce à reculons. Dès que la porte se fut de nouveau fermée, la reine soupira, elle ne pouvait rien faire de plus pour l’heure. Elle se saisit donc du livre sur la tablette accotée au fauteuil et se plongea dans une aventure romanesque pleine d’espionnage, de trahison et d’amour.

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